Travail et salariat
Critiquer la société capitaliste, c’est bien, réclamer un autre monde possible, c’est légitime, mais tout cela restera incantatoire si nous ne disons pas ce que cet autre monde sera.
La guerre contre le service public continue

Faisons exploser la nouvelle bombe… Non à NObillag

mercredi 7 février 2018 par Christine Roth
La TV est une fabrique d’idées. Elle est certainement surveillée, mais c’est le dernier bastion représentant le peuple dans sa diversité.

Billag est une filiale de Swisscom qui est responsable de la perception de la redevance audiovisuelle de réception de radio et de télévision pour financer la production de programmes de la SSR ainsi que des radios et tv locales.

La guerre d’usure contre le service public fait feu de tout bois.

Ses soldats sont peut-être convaincus par les menaces d’insécurité, par une peur maladive de perdre quelque chose, ou consentent à cette guerre pour des promesses d’économie, d’argent gagné, croient en la gratuité.

DIVISER POUR REGNER

Pourtant nous connaissons bien ce recours permanent à la politique du diviser pour régner. No Billag est un nouveau piège, porteur des germes de divisions. Et, détail caché, les économies promises vont se révéler extrêmement coûteuses. Mais l’important, pour les initiants, est de pouvoir bloquer toute autre proposition, puisque c’est d’abord l’article 93, al. 2 à 6 de la constitution qui va être modifié, article qui interdira le service public de radio et tv. Cette question capitale est généralement passée sous silence dans les discours des initiants .

Partout, le droit universel à l’information s’effrite face à l’individualisme du « Je-ne-paie-que-ce-que-je-consomme ».

Mais qui sont ceux qui soutiennent le sacrifice des plus faibles, sûrs de toujours pouvoir maintenir la tête hors de l’eau ? Ceux, qui, pas à pas, s’enfoncent dans ce chemin utopique d’un individualisme démesuré :

• ne plus participer au budget de l’école s’ils n’ont pas d’enfant, • ne plus participer au budget de la santé s’ils ne sont pas malade, • ne pas payer de redevance s’ils n’ont pas un proche âgé, handicapé encore à la maison, dans un Ems ou un hôpital, réconforté par une TV allumée pendant les heures de solitude, afin de garder un lien avec la société ?

Qui sont ceux qui se soumettent totalement à la régulation du marché contre celle de l’État, ceux qui agissent pour sauver l’instinct de survie du capitalisme, qui, de toute évidence, ne pourra perdurer qu’en sacrifiant la part constamment croissante des plus faibles au profit de quelques forts, de moins en moins nombreux, qui finiront d’ailleurs par s’autodétruire.

L’ACCES A L’INFORMATION EST PRIMORDIAL POUR CEUX QUI ONT LES MOYENS DE LA PAYER COMME POUR CEUX QUI NE LES ONT PAS

Dans un pays démocratique, l’information doit être accessible à tous y compris à ceux qui ne peuvent la payer.

Non, l’information et les débats ne seront pas remplacés par des émissions de divertissement, des reality-show, filtrés et sélectionnés, de pub dissimulée dans les jeux, ceci dans la même optique que ce que proposent les fournisseurs de technologies actuelles capitalistes : prendre le maximum de temps libre au peuple afin qu’il n’ait pas le temps de s’engager pour un changement de société, de construire des relations humaines non surveillées, de réfléchir et de débattre.

Ajouté au stress du travail, même les personnes qui désirent intensément s’engager pour ce changement disent « Je n’en peux plus ».

Nous utilisons des pc, des smartphones, des tablettes, etc. Et c’est aussi par ce moyen que nous pouvons suivre les émissions de la TSR, connectés et en différé.

LIEN SOCIAL ET DISQUALIFICATION SOCIALE

Après avoir dit Non à No Billag, nous pourrons débattre de la réappropriation, de la gestion de notre service public de tv et radio et du sujet presque sacré : le lien social informatisé, nommé de manière positive « réseaux sociaux »

Comment l’utiliser, comment éviter une soumission totale, vécue comme vitale puisque nous le savons : il sera de plus en plus difficile d’accéder à l’information, de trier les opinions de l’info. Google, Facebook, etc privilégient l’opinion. De coûteuses recherches sont entreprises pour être toujours plus performant à trier, éliminer, discrètement et lentement l’information neutre.

Pendant que nous tous, en toute sérénité, participons à privilégier tous nos contacts au moyen de ces technologies, les rangs des exclus augmente chaque jour. Un chômeur qui n’a pas de pc, pas d’email, ne peut plus postuler pour un poste de travail. Même au bénéfice de l’HG, il doit répondre aux exigences de remplir ou d’envoyer un formulaire informatisé, un document pdf.

Ces exclus voient les journaux papier disparaître au profit de l’accès en ligne.

Nous tricotons jour après jour, sans état d’âme, l’exclusion d’un nombre grandissant de membre de notre société, sans tenter d’organiser de débats publics.

L’idéologie dominante nous conduit déjà à qualifier ceux qui ne la reconnaissent pas, ceux qui désirent des liens sociaux humains et libres, d’utopistes.

Nous sommes engloutis dans les pièges capitalistes et, devant notre messagerie électronique, Google, Facebook, etc, pourtant bien connu pour leur désir de domination totale, nous pensons silencieusement « il n’y a pas d’alternative »

Eh bien, nous n’allons pas collaborer ! Nous n’allons pas continuer à passer notre temps à courir éteindre les feux destructeurs du capitalisme, pathologiquement agenouillé devant le profit sauvage et brutal.

POURSUIVONS LA CONSTRUCTION COMMENCEE PAR NOS PARENTS

L’édifice social construit par nos parents, est là, c’est le nôtre. C’est notre hôpital, ce sont nos écoles, c’est notre AVS, c’est notre radios/TV, c’est nous. Pour que nos enfants puissent vivre debout, poursuivons la construction de l’édifice social : libérer le salarié de son exploitation, se libérer de la peur et de humiliation du marché de l’emploi par la création d’une cotisation salaire, finançant la totalité des salaires, de l’étudiant au retraité, tous reconnus comme producteur de valeur économique.

Nous avons besoin d’un grand mouvement citoyen capable de coordonner les luttes au-delà des petites diversités d’opinions. Et nous pourrons apprendre et constater « l’impuissance de la puissance ».



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